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Rock'n roll is here to stay

Chroniques sentimentalo-musicales

Rock'n roll is here to stay

Physical Graffiti – Musique d’hiver

Physical Graffiti – Musique d’hiver

J’ai acheté l’album « Physical Graffiti » de Led Zeppelin en novembre ou décembre 1978. Lors des vacances de Noël qui s’ensuivirent, vous vous doutez bien que les deux galettes de vinyle qui le composent ont occupé ma platine la plupart du temps. De ce fait, à chaque écoute remontent des sensations faites de temps hivernal, de brumes et de fraîches journées, le tout dans une ambiance de fêtes de fin d’année.

Physical Graffiti est sorti en 1975. C’est le sixième album du dirigeable, alors au faîte de sa gloire. Les fans l’attendaient depuis deux ans. Il fallait marquer un grand coup. Ce qui fut fait, avec les caractéristiques suivantes :

  • C’est un double album
  • Sa pochette, extrêmement travaillée, représente un immeuble newyorkais (96 & 98 St Mark’s Place, dans East Village). Elle est ajourée et permet des combinaisons avec les sous-pochettes des deux disques. Un peu difficile à expliquer, petite illustration ci-dessous. J’ai lu quelque part que c’était la pochette la plus chère de l’histoire du rock.
  • Un million d’albums ont été vendus le jour de sa sortie. Il a été vendu à 16 millions d’exemplaires rien qu’aux ÉtatsUnis.

Lors de mon premier voyage aux États-Unis en 2011, j’eus l’occasion de passer une journée à Manhattan. Ma première destination fut St Mark’s Place pour y prendre quelques photos. Un américain d’un âge proche du mien mitraillait la façade. En partant, il me dit : « Je crois qu’on est ici pour la même raison ». Pas besoin d’en dire plus…

Physical Graffiti – Musique d’hiver

« Physical Graffiti » est leur premier album paru sous le label « Swan Song », au graphisme caractéristique inspiré d’une peinture de William Rimmer. À noter aussi que « Swan Song » a aussi participé au financement du film culte « Sacré Graal » des Monty Python.

Physical Graffiti – Musique d’hiver

Côté musical, c’est un album grandiose. Les chansons qui le composent proviennent en partie d’enregistrements n’ayant pas été retenus pour les albums précédents.

L’architecture des deux disques est un modèle du genre. On ne peut la déchiffrer correctement que si l’on se place dans le contexte de 1975, une époque où le compact disc n’existait pas : deux disques, c’est quatre faces.

  • Volume 1 : Métal Hurlant

Les deux faces du premier disque sont parfaitement symétriques : chacune est composée de trois chansons. Les deux premières durent de l’ordre de cinq minutes, la troisième est plus longue (8 et 11 minutes).

Le ton est donné dès le premier morceau, avec le riff caractéristique de « Custard pie ». On remarque tout de suite que la voix de Robert Plant, toujours très puissante, a quelque peu changé. Ses rugissements dans le suraigu laissent place à quelque chose de plus modulé. En fait, il a subi quelques mois plus tôt une opération des cordes vocales que les trop nombreuses tournées depuis 1969 avaient malmenées. Autre constatation immédiate : la quasi omniprésence du clavier de John Paul Jones.

Et puis, sur les six chansons de ce disque, on trouve ces trois monuments :

  • « Trampled under foot », inspirée du « Terraplane Blues » de Robert Johnson. Sur un tempo 24 soupapes, la Les Paul de Jimmy Page et le clavinet de John Paul Jones font la course, le tout accompagné par les injonctions scabreuses de Robert Plant qui compare sa bienaimée à une bagnole. Par exemple :

Come to me for service every hundred miles

Baby, let me check your points, fix your overdrive

[Viens me voir tous les cent miles pour la révision

Laisse-moi vérifier tout ça chérie, et réparer ta boîte de vitesses]

 

J’aime bien celle-là aussi :

Fully automatic, comes in any size

Makes me wonder what I did, before we synchronized

 

Le parallèle avec « I’m in love with my car » de Queen, écrit au même moment, est incontournable.

C’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=ftknR1gf9qw

 

  • « In my time of dyin’ » suit « Trampled under foot ». On quitte les systèmes lubrifiés pour s’enfoncer dans les bayous louisianais. Pour ce mariage avec les racines du blues et du rock, Jimmy Page a revêtu son annulaire d’un bottleneck, et ça s’entend ! C’est un gospel américain dont les premiers enregistrements remontent aux années 1920. La chanson démarre sur un tempo assez lourd pendant lesquels Plant égrène les couplets. Puis, après le fameux déclamé « "Jesus goin' amake up my dyin' bed », la machine s’emballe et Jimmy Page part dans un délire guitaristique soutenu par une basse et une batterie infernales. À noter que Jones joue ce morceau avec une basse sans frette, comme pour faire écho au bottleneck de Jimmy Page.

C’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=scpqae3P7Dg

 

  • Ce premier volume se termine sur l’un des morceaux les plus célèbres du groupe, mais aussi de l’histoire du rock’n roll. Alors que beaucoup de groupes avaient surfé sur la vague orientale à l’initiative des Beatles, alors que l’Inde, son mysticisme et le prix modique de ses stupéfiants attiraient de nombreux jeunes qui partaient « faire la route », les Zeppelin étaient restés à une musique prenant racine dans le blues, à part le splendide et méconnu « The battle of Evermore ». Dès les premiers accords, on prend en pleine figure toute la puissance que ces quatre zozos ont voulu donner à cette chanson. Pour l’occasion, Jones donne de l’emphase avec un mellotron, le son de la batterie de Bonham est travaillé à l’aide d’un déphaseur, et un orchestre de cors & cuivres vient compléter tout ça. Et je ne parle pas du son si particulier de Page donne à sa guitare.

C’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=sfR_HWMzgyc

 

Parmi les souvenirs de ce soir de juin 1980 à Zurich, il y a l’ouverture de « Kashmir », à grands renforts de pyrotechnie, et – surtout – je revois encore Bonzo derrière ses fûts qui nous envoyait un tonnerre de roulements nous rappelant que, même diminué, c’était le batteur de rock le plus fort. Il ne savait pas qu’il allait mourir 89 jours plus tard.

 

Autre souvenir, un soir de 1995 cette fois, à Lyon, à la fin du concert de Jimmy Page & Robert Plant. Ils nous jouèrent là une superbe version de Kashmir, qui avait été relookée pour la série « MTV’s Unplugged », baptisée pour l’occasion « Unledded »(facile !). Ils s’étaient offert les services d’une formation égyptienne pour compléter l’orchestration ainsi que la présence du compositeur Ed Shearmur pour le clavier et les arrangements. Inoubliable…

Voilà le travail : https://www.youtube.com/watch?v=bzEYNsFC2gE

 

  • Volume 2 : Retour à l’isotropie

Ce deuxième disque commence par une face beaucoup plus calme, et pour laquelle Jimmy Page a sorti les guitares acoustiques. Généralement, j’essaie d’écouter « Physical Graffiti » d’une seule traite afin de savourer toutes ses variations. L’écoute de cette troisième face m’aide à oublier beaucoup de choses.

Une illustration avec « Ten years gone » :

https://www.youtube.com/watch?v=DBzuYNK95sM

 

On y trouve le morceau le plus court de l’histoire du groupe : un instrumental intitulé « Bron-Yr-Aur », du nom du cottage gallois qui fut, par son isolement et sa tranquillité, un des principaux creusets de l’inspiration de Led Zeppelin.

On s’en convainc à l’écoute de ce morceau :

https://www.youtube.com/watch?v=2YZ_lIpG1XQ

 

Physical Graffiti – Musique d’hiver

Avouez qu’on est loin du 96 St Mark’s Place à New-York…

 

En conclusion de ces pensées hivernales, je vous souhaite pour 2020 du rock’n roll plein les oreilles et plein les mirettes, et moult voyages dans votre tête où ailleurs, entre pays de Galles et Cachemire.

 

Annolieu, le 01 janvier 2020

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